L'Interview à la Filt n°1

L'Interview à la Filt n°1

Promue Chevalier de la légion d'honneur, l'Interview de Catherine COUSIN

Le 1er janvier 2021 votre nom apparait dans le Journal Officiel, Quelle a été votre première réaction ?

Catherine COUSIN : J'ai mis une semaine pour y croire. Je mesure parfaitement la signification et l'importance de cette distrinction, d'où ma stupeur quand j'ai appris cette nouvelle. Je reçois la légion d'honneur parce que j'ai participé à la lutte contre le CoronaVirus en convertissant notre atelier de confection de filets en confection de masques et cela dès la mi-mars 2020. Nous ne pouvions pas rester sans rien faire. Très vite, nous avons fabriqué l'un des premiers masques avec une validation à 50 lavages. Mais, fidèles à nos valeurs Made in France, nous nous sommes attachés à réaliser un masque à haute performance de protection, de haute qualité mais surtout en choisissant des partenaires locaux : le tissus vient des Hauts de France, il est coupé chez un confrère à Ifs (14), l'élastique est fabriqué à Flers (60), les étiquettes sont tissées en Rhône-Alpes, la confection est entièrement réalisée dans notre atelier à Mondeville, la notice est imprimée à Caen et l'emballage est réalisé dans un atelier protegé à Colombelles. Une grande solidarité s'est mise en place entre tous les acteurs français du textile. Nous avons embauché 10 personnes supplémentaires à notre équipe de 25 personnes. A ce jour, nous avons fabriqué et vendu un peu plus de 100 000 masques. L'atelier ressemblait à une ruche, mais toujours en respectant les gestes barrières.
       Ma première pensée immédiate a été pour mon mari, avec qui je dirige la société Filt et avec qui je travaille dans la fabrication textile depuis 25 ans. Nous sommes un vrai binôme à la tête de notre entreprise. J'étais d'abord mal à l'aise vis-à-vis de lui, mais très vite il m'a dit à quel point il était fier de moi, et fier que sa femme soit promue chevalier de la légion d'honneur, émanant du Ministère de l'industrie, à 45 ans seulement.
       Ma deuxième pensée a été pour l'équipe. Je porte sincèrement cette distinction en leurs noms. Mon mari et moi, nous nous levons chaque matin pour mettre en valeur le travail manuel, l'intelligence des mains et le savoir-faire textile Français.
Notre moteur ce sont les hommes et les femmes qui travaillent chez filt depuis 1860 pour qu'aujourd'hui nous puissions encore exister et être fiers de notre travail. Je pense tendrement à notre équipe de couturières qui trépignait d'impatience pour venir coudre des masques lors du premier confinement, pour aider à protéger la population française de ce virus. Enfin, le travail manuel a pris tout son sens. Enfin, " les petites mains" ont eu leur moment de gloire. La couture industrielle, depuis si longtemps dénigrée, est reconnue indispensable et valorisée.
Comment vivez-vous l'attribution du grade de Chevalier de la légion d'honneur ?

CC:  Wahou ! Quelle reconnaissance ! Je suis fière et honorée d'être promue Chevalier de la légion d'honneur par le Ministère de l'industrie. Trop peu de femmes ont des postes de direction dans l'industrie Français. Je suis une femme, j'ai 45 ans, je dirige avec mon mari, une entreprise de fabrication textile industrielle Française et je suis Chevalier de la Légion d'Honneur. Je suis fière de mon parcours. Je suis toujours restée fidèle à mon éducation et à mes valeurs.

Cette distinction va t-elle apporter des changements pour vous ou bien chez Filt1860 ?

CC:  Personnellement, mon quotidien reste inchangé. Cette distinction est une énorme reconnaissance pour le travail de toute l'équipe. Je suis fière de notre équipe. Cette " aventure du masque" nous a soudé. Nous venions de déménager dans notre nouvelle usine. Cette ferveur autour de la conception et la fabrication de masques pour participer à la protection des citoyens nous a permis de continuer à écrire l'histoire de Filt déjà si riche. N'oublions pas que filt a connu les deux guerres Mondiales et a été réduite en cendre durant les bombardements alliés en 44. Mais là encore, c'est grâce à une équipe soudée, guidée par le dirigeant de l'époque qui n'a pas failli, que l'usine s'est reconstruite. Sans oublier que ce sont les femmes, dont les maris étaient partis au front, qui dirigaient l'usine et produisaient des filets ! Alors, nous nous devions d'agir contre le coronavirus. Si Filt a survécu aux bombardements alliés, alors nous survivrons et nous serons plus forts à l'issue de cette crise. Cette distinction symbolise le courage et la conviction de chaque membre de l'équipe de Filt1860.

Pour votre première prise de parole à ce sujet, pourquoi avoir choisi une Interview à la Filt ?

CC:  Il y a 2 expressions que les membres de l'équipe répètent souvent, en plaisantant : " C'est fait à la Filt" et aussi " Filt un jour, Filt toujours". Alors pour ma première prise de parole à ce sujet, j'ai voulu le faire à la Filt ! Cela me permet de ne pas me laisser envahir par l'émotion (palpable), de ne rien oublier, de m'assurer qu'il n'y ait pas de censure. J'ai voulu m'exprimer avec mes mots, ceux qui sortent du coeur parce que Filt un jour, Filt toujours !

Le service communication Filt1860.